Et le reste c’est de la sauce sur les cailloux : théâtre, cinéma et rigueur partagée aux Célestins
Lyon — Dans la petite salle Célestine des Célestins, un nouveau spectacle propose cet hiver une expérience hybride : ni pure conférence, ni simple hommage, mais une mise en abyme où théâtre et cinéma se parlent, se questionnent et, parfois, se taquinent.
Intitulée Et le reste c’est de la sauce sur les cailloux, la création de Sacha Ribeiro et Alice Vannier (compagnie Courir à la catastrophe) a été présentée en première le 25 février 2026 et restera à l’affiche jusqu’au 7 mars. Le duo signe ici une proposition d’environ 1h15, ponctuée d’un « bord de scène » programmé le mercredi 4 mars, qui invite le public à prolonger la réflexion avec les artistes.
En bref
- Lieu : Célestins — Salle Célestine (Lyon)
- Dates : 25 février → 7 mars 2026
- Durée : 1h15
- Bord de scène : mercredi 4 mars
« On voit le travail se faire : hésitations, renversements, et une exigence à l’épreuve du plateau. »
Un dispositif en creux
Le point de départ est simple et ambitieux : deux jeunes interprètes répètent un nouveau projet tout en questionnant la radicalité d’un duo de cinéastes qui a fait de la rigueur et de l’exigence esthétique une marque de fabrique. Plutôt que de livrer une biographie linéaire, Ribeiro et Vannier composent une scénographie de la répétition — moments de doute, scènes réécrites, fragments empruntés au film et digressions comiques — pour sonder ce que signifie défendre une ligne artistique aujourd’hui.
La forme joue la transparence : on voit le travail se faire. Le spectateur assiste à la fabrication du geste théâtral, aux hésitations, aux renversements de ton. L’enjeu n’est pas d’imiter une posture mais de traduire, sur plateau, une exigence morale et esthétique, et d’en éprouver les limites et la fécondité (sans effacer la complexité des parcours évoqués).
Du documentaire au plateau
La pièce puise explicitement dans le documentaire de Pedro Costa, Où gît votre sourire enfoui ?, qui observe Straub et Huillet au montage. Ce matériau documentaire sert de matrice : des éclats de vie privée, des enjeux de montage, des dialogues sur la rigueur cinématographique sont réinterprétés, remis en jeu et parfois renversés par l’humour. Le geste est double : il revendique une dette artistique tout en se donnant la liberté de la distance critique et de l’autodérision.
La transposition d’une esthétique qualifiée d’austère vers un plateau vivant soulève plusieurs questions :
- Comment préserver la radicalité sans l’enfermer en posture dogmatique ?
- Comment rendre accessible une œuvre souvent perçue comme élitiste ?
- Comment faire dialoguer sérieux politique et légèreté scénique ?
Les réponses de la compagnie mêlent économie de moyens, intensité de jeu et une écriture de plateau qui fait entendre l’ambivalence entre sérieux politique et légèreté scénique.
Une trajectoire en partage
Courir à la catastrophe n’est pas arrivée par hasard à ce propos. Le duo Ribeiro–Vannier s’est fait connaître par des propositions précédentes (parmi lesquelles Œuvrer son cri et Radio Lapin) où se mêlent réflexion politique et ton espiègle. Travailler avec les Célestins et co-produire avec Théâtre Garonne témoigne aussi d’une stratégie institutionnelle : les scènes nationales soutiennent et diffusent des jeunes compagnies capables d’inventer des formes engagées tout en restant accessibles à des publics variés.
Accueil critique et réception
Les premières réactions de la presse locale et spécialisée repèrent cet équilibre : plusieurs comptes rendus saluent la vivacité de la proposition et la capacité du spectacle à faire sentir la « radicalité » sans la figer en dogme. Les critiques notent que le dispositif rend le propos intelligible à celles et ceux qui ne sont pas spécialistes du cinéma d’avant-garde, sans pour autant édulcorer les enjeux politiques et esthétiques en jeu.
Plus qu’un hommage
Et le reste c’est de la sauce sur les cailloux se lit enfin comme un exercice réflexif sur la transmission artistique : interroger des modèles, les déconstruire pour mieux les réactiver, et mesurer ce qui peut encore parler aux plateaux contemporains. La pièce ne prétend pas épuiser la figure de Straub-Huillet ; elle propose une conversation — parfois facétieuse, parfois grave — entre deux générations de créateurs.
Pour le public lyonnais, la petite salle Célestine offre l’intimité propice à ce type d’expérience : proximité avec les interprètes, frontières floues entre répétition et représentation, et la possibilité d’un échange élargi lors du bord de scène. Un rendez-vous pour qui souhaite voir comment, aujourd’hui, la rigueur peut se métamorphoser en théâtre vivant et partagé.
| Élément | Détail |
| Création | Sacha Ribeiro & Alice Vannier — compagnie Courir à la catastrophe |
| Durée | 1h15 |
| Dates | 25 février → 7 mars 2026 |
| Bord de scène | Mercredi 4 mars |
| Lieu | Célestins — Salle Célestine (Lyon) |






