Vencorex : le tribunal valide une reprise partielle par BorsodChem
Après des mois d’incertitude, le tribunal des activités économiques de Lyon a tranché le 10 avril 2025. Il a retenu l’offre de reprise partielle de BorsodChem (groupe Wanhua) pour une partie des ateliers du site Vencorex de Pont‑de‑Claix. Cette décision clôt la phase judiciaire ouverte par le redressement du 10 septembre 2024 et ouvre une période de recomposition sociale et industrielle à l’impact encore incertain.
Un panorama industriel en état d’alerte
Le site de Pont‑de‑Claix occupe une place centrale dans la plateforme chimique grenobloise. Producteur de tolonates et d’autres dérivés, Vencorex alimente un réseau local d’approvisionnement et de sous‑traitance — chlore, soude, sels, hydrogène — qui irrigue plusieurs acteurs de la vallée. Les craintes exprimées par élus et syndicats portent moins sur le seul chiffre des suppressions que sur l’effet domino possible : plusieurs milliers d’emplois indirects pourraient être affectés si les flux industriels se trouvaient durablement perturbés.
Chronologie compacte
- 10 septembre 2024 : Vencorex France est placé en redressement judiciaire.
- Automne‑hiver 2024–2025 : multiplication d’offres et de projets, tandis que la situation sociale se détériore.
- 10 avril 2025 : la juridiction écarte la SCIC et valide une reprise partielle par BorsodChem/Wanhua.
Pourquoi la coopérative n’a pas été retenue
Le projet porté par une SCIC locale (CIRCEI) réunissait salariés, syndicats et collectivités autour d’un objectif : préserver les savoir‑faire et maintenir la majorité des actifs sur le territoire. Mais la juridiction a estimé que les garanties financières étaient insuffisantes et que les conditions suspensives n’étaient pas levées à l’échéance. En l’absence de financements fermes et d’une gouvernance pleinement opérationnelle, la reprise globale a été jugée irrecevable.
Le plan retenu : une reprise partielle et ses limites
L’offre soutenue par le tribunal est celle de BorsodChem, qui reprend une fraction des activités — principalement les ateliers liés aux tolonates — et une part limitée des effectifs. Selon les communiqués, entre 54 et 61 postes seraient repris sur un site qui comptait environ 450 salariés avant la procédure (dont près de 150 déjà partis lors d’un premier volet de licenciements). Le reste des emplois devrait être supprimé dans le cadre d’une liquidation partielle.
Les forces et les critiques
Aux yeux du tribunal, l’offre industrielle est financièrement solide et garantit la poursuite d’activités essentielles sur le site. Mais pour les représentants locaux — syndicats, élus et certains acteurs économiques — l’accord laisse un goût d’inachevé : périmètre restreint, incertitudes sur la pérennité des approvisionnements et prix de cession jugé faible.
Réactions sur le terrain
Les représentants des salariés et la CGT ont déploré la décision et réclamé des garanties pour les personnels non repris. Les collectivités et la Région ont appelé à renforcer l’accompagnement des démarches de reclassement et de reconversion. Le repreneur a salué la décision comme l’aboutissement d’un projet industriel clair et affirme vouloir relancer la production.
Quelles perspectives pour la vallée chimique ?
L’enjeu est double : d’une part organiser le reclassement des salariés évincés (mesures d’accompagnement, formation, aides à la mobilité) ; d’autre part sécuriser la chaîne d’approvisionnement pour éviter des effets en cascade sur Arkema et d’autres entreprises voisines. Le gouvernement et les autorités régionales se sont engagés à œuvrer pour limiter le choc social et favoriser les projets structurants.
Des alternatives et des chantiers à relancer
Plusieurs projets locaux et initiatives industrielles — notamment des dispositifs régionaux de réindustrialisation — pourraient être mobilisés pour atténuer l’impact. L’expérience Vencorex pose en filigrane une question récurrente : quel modèle de reprise privilégier lorsque l’intérêt industriel et l’intérêt territorial divergent ? Le débat entre maîtrise locale et recours à un investisseur étranger, aux moyens financiers plus conséquents, devrait nourrir les réflexions à venir.
À court terme, la période qui suit le jugement sera décisive pour mettre en œuvre les plans sociaux, organiser les transferts d’activité et clarifier le calendrier de redémarrage des ateliers repris. À moyen terme, la survie de la plateforme chimique grenobloise dépendra de la capacité des acteurs publics et privés à reconstruire des chaînes d’approvisionnement robustes et à investir dans la modernisation des installations.
Faits et chiffres clés
| Date du redressement judiciaire | 10 septembre 2024 |
| Décision du tribunal | 10 avril 2025 |
| Effectif avant procédure | ≈ 450 personnes |
| Départs déjà intervenus | ≈ 150 salariés |
| Postes repris annoncés | Entre 54 et 61 |
| Risque d’effet domino | Plusieurs milliers d’emplois indirects |
La page qui s’ouvre pour Pont‑de‑Claix reste fragile. Entre sauvegarde d’un savoir‑faire industriel et urgence sociale, le territoire doit transformer l’inquiétude en projets concrets, sous l’œil attentif des acteurs locaux et de l’État, dans le respect des procédures et des droits de chacun.
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